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La pandémie du Corona virus, crépuscule ou aube, un an après, quel horizon ?

Premières leçons

Aux tout débuts, l’hébétude d’abord; une sidération devant l’abîme d’une existence soudainement mise en suspens; avec une incapacité à produire la moindre idée ou initiative; sous le charme morbide des mauvaises nouvelles qui coulent à flot continu sur un cerveau amorti; peut être est ce ce qu’ont ressenti nos aïeux au soir des défaites du 1er septembre 1870 ou du 22 juin 1940?

Car lorsque le Président de la République nous annonça, le 16 mars 2020, une guerre, nous avions compris qu’elle était bien mal partie puisque l’ennemi nous occupait déjà.

Un an après, et malgré la magnifique victoire de la science avec la découverte de vaccins, devenus cyclothymiques, nous nous interrogeons sur notre avenir autant collectif que personnel.

Nous avons d’abord découvert du fond de notre léthargie des héros qui sont tout simplement des êtres humains travaillant hors champ médiatique; qui ne font pas le buzz et ne sont ni des performeurs ni des influenceurs, pas d’avantage que des premiers de cordée et donc voués à ne ruisseler sur personne.

Avec l’avènement des médias audio visuels et d’abord la télévision notre champ de vision s’est élargi au champ médiatique; or celui ci, principalement guidé par des fins mercantiles se focalise en permanence sur ceux qui, à son sens, font le spectacle; ceux qui attirent le regard parce qu’ils sont hors du commun, qu’ils convoquent notre admiration ou notre détestation, notre convoitise ou nos appétits en tous genres; dans un chaos indéchiffrable et sans repères objectifs.

Nous avons ainsi créé et entretenu un star système qui focalise les regards et tous les avantages sur des vedettes; elles font monter les audimats et donc rapportent; on s’attache à grand prix les meilleurs, on s’arrache les excellences, les sentiers sont battus par des chasseurs de tète; chaque chef d’entreprise veut son étoile; mais quoi de plus naturel dans un monde où la victoire est l’objectif suprême; il faut gagner à tout prix; donc recruter les meilleurs pour en tirer le profit maximum.

Ce moment unique nous a permis de mettre en parallèle la société des élites vouées à la compétition et au succès avec la reconnaissance, notamment pécuniaire, qui l’accompagne et la societe réelle, c’est à dire globale, qui fait corps social et rend chacun dépendant de l’autre dans un mouvement circulaire où tout individu est indispensable.
Cette crise a révélé à nous, enfants de la République de l’égalité, que des grands professeurs de médecine aux aides soignantes et aux personnel d’entretien, chacun était réellement égal en utilité sociale; première leçon d’humilité et d’humanité.

La rentabilité est par ailleurs devenue le critère unique de tout choix, l’arbitre de toutes les décisions; sans répondre préalablement à une question essentielle: de quelle rentabilité s’agit il? Economique, financière, écologique, humaine? Sur quelle temporalité? Pour l’évaluer, quels sont les critères à prendre en compte et dans quel ordre?

La pandémie du corona virus fait jaillir au grand jour la vanité de cette course infinie à l’échalote et nous fait désirer un autre rapport à la vie et retrouver le chemin de la recherche du bonheur; deuxième leçon.

Premières réponses : revivifier notre démocratie

Étant acquis très majoritairement pour les peuples ayant goûté à la Démocratie que « ce système est le pire à l’exception de tous les autres « (Winston Churchill), la question est d’abord de s’accorder sur ce que nous souhaitons instaurer comme modèle de société pour voir ensuite comment le réaliser; la méthode étant aussi importante que le fond elle se doit d’être ouverte et transparente.

La Démocratie s’est usée prématurément sous l’effet d’une modernisation accélérée qui a complexifié nos sociétés et éloigné les citoyens des centres de décisions; de telle sorte que chacun a le sentiment que ce monde lui échappe et qu’une poignée de privilégiés s’est emparé de leur destin; les populistes, démagogues, souverainistes, identitaires laïques ou religieux, ont fait de ce désarroi leur fonds de commerce et constituent un refuge pour des citoyens apeurés, témoins impuissants d’une mondialisation accélérée, de migrations massives et d’une planète menacée.

La diversification des sources d’information avec l’omni présence des reseaux sociaux, a achevé de désorienter bon nombre de citoyens déstabilisés par un flux de nouvelles mêlant le faux et le vrai, a des fins sensationnalistes et/ou manipulatoires, parvenant a la notion de vérité alternative et aux dérives complotistes.

Face à ces dangers réels ou fantasmés il est indispensable et urgent de revivifier et renouveler notre démocratie en mobilisant les citoyens sur les vrais problèmes et leurs solutions.

Une démarche réfléchie et systématique vers une démocratie participative doit être mise en place; non pas pour se substituer à la démocratie élective, base de nos Institutions, mais pour la compléter, la densifier et l’enrichir.

Au fil du temps nos dirigeants, conscients et inquiets de la désaffection à l’égard de la vie politique, traduite notamment par un faible taux de participation aux élections et des contestations violentes ont créé des dispositifs destinés à mobiliser les citoyens; ils sont utilisés essentiellement au niveau communal: droit de pétition local, référendum local, droit d’initiative citoyenne, consultations; mais existent aussi au niveau national avec les concertations et débats organisés par la Commission nationale du débat public dont la Convention Citoyenne sur le climat est issue jusqu’au referendum d’initiative partagée.

Mais ces mécanismes n’ont pas réussi à faire sens pour les citoyens qui n’ont pas majoritairement fait leur cette dimension élargie et approfondie de la démocratie; sans doute parce que notre classe politique ne l’a pas suffisamment promue par crainte qu’une approche sereine et documentée des problèmes leur interdise le recours aux slogans simplistes aussi fédérateurs de leurs troupes que clivants vis à vis de la concurrence; les hommes politiques et leurs partis, alors que c’est la raison principale de leur discrédit, ayant trop souvent renoncé à la bonne foi au profit de leurs chances présumées de succès; parce qu’aussi les medias ne s’y interessent que parcimonieusement car ils ne font pas spectacle et que la vie moderne nous propose une multitude de centres d’intérêt bien plus hédonistes.

Il s’avère désormais impératif de mettre en place une pedagogie de la démocratie; sous l’égide de l’Etat avec le concours des collectivités territoriales, des partis politiques, des syndicats, des organisations de la société civile et de tous ceux qui concourent à la formation de l’opinion publique dont les médias et en commençant par l’Ecole; l’objectif étant d’assurer la promotion de ces outils pour qu’ils entrent dans le quotidien des acteurs de la vie publique, en premier lieu des citoyens afin qu’ils n’aient plus le sentiment que tout se décide en dehors d’eux tout en les faisant entrer dans le réel et mesurer simultanément sa complexité.

Afin d’éclairer sûrement le champ des possibles il est indispensable de recourir dans les débats à l’apport de scientifiques ou d’experts reconnus sélectionnés grace à de hautes instances tel notre Comité Consultatif National d’Ethique; ou encore de prendre et entendre les avis de notre Comité Economique, social et environnemental; la configuration de la Convention Citoyenne sur le climat étant un exemple à renouveler et améliorer.

De même dans le cadre des campagnes électorales; la conquête et la conservation du pouvoir étant au centre du jeu politique en Democratie; pour qu’elles ne tournent pas à la caricature par une surenchère démagogique exigeons des partis politiques qu’ils soumettent leurs programmes ou projets à des instances, de préférence hors champ national, tels le Comité Economique et Social Européen ou le Groupe Consultatif d’experts de la Commission Européenne afin qu’ils puissent évaluer les projets proposés.

Créons ainsi un continuum démocratique qui laisse le moins d’espace possible à la démagogie et à l’irresponsabilité; des citoyens mieux informés et plus avisés seront d’avantage à même de faire des choix judicieux lors des échéances électorales, via les programmes des candidats, ou lors de consultations populaires ou référendum.
C’est ainsi que nous pourrons contribuer collectivement à dessiner les contours du nouveau monde que nous appelons de nos vœux.

Avec L’Europe, horizon indépassable

Ces choix devront nécessairement prendre en compte le contexte international; nous vivons depuis la nuit des temps dans un monde de compétition, condition de la survie de l’individu et du groupe; seuls les plus forts, les mieux adaptés ont survécu; pour l’avoir oublié une France démocratique et divisée, pacifiste et sous armée, est tombée en quelques semaines sous le joug de l’Allemagne Nazie; nous vivons toujours dans un environnement menaçant; pire encore ces deux dernières décennies qui ont vu refleurir les candidats à la domination avec la résurrection de rêves d’empire, celui de la Chine, de la Russie, de la Turquie, de l’Iran en même temps que nos amis Américains tentaient maladroitement, car pris dans les rets d’un President incohérent, à en faire autant.
La renaissance de ces velléités impériales ont d’abord pour but la perpétuation au pouvoir de dirigeants qui voient dans la gloire et la prospérité à tout prix de leur pays leur assurance survie.

La « vieille » Europe est pour eux un danger majeur; parce qu’elle porte en elle un virus mortel pour leurs ambitions: la démocratie.

C’est pourquoi ils s’acharnent à l’affaiblir en jouant sur les failles d’une construction inachevée et les désillusions qu’apporte inévitablement toute grande ambition; soutenant sournoisement les mouvements populistes qui émergent en son sein du Brexit Britannique à la Hongrie d’Orban; alimentant le fonds commun politique des extrêmes droites Européennes devenu désormais l’europhobie qui se conjugue parfaitement avec son atavique xénophobie.

L’arme économique fut et demeure l’outil essentiel de la conquête et de la domination: elle en est le support et le vecteur; indolore, fréquemment sous des apparences altruistes ou à tout le moins neutres, elle avance masquée et s’empare sous des tombereaux de fleurs de places fortes comme en témoignent les accords obtenus par la Chine sur son projet des nouvelles routes de la soie avec de nombreux pays dont la Grece et l’Italie sans parler de pays Africains.
Bien entendu derriere cette façade attrayante c’est son modèle qu’elle cherche à imposer essentiellement par souci de protection de sa classe dirigeante; car il est unique au monde et d’une redoutable efficacité: une concentration du pouvoir économique entièrement subordonné â un pouvoir politique totalitaire; un centralisme de type marxiste léniniste où ce n’est plus l’etat qui gère directement l’economie mais des acteurs privés ou semi publics, rompus à l’économie de marché, bénéficiant sur le plan de la gestion d’une grande liberté mais totalement dévolus aux objectifs de l’Etat.

Dans cette cohorte d’etats candidats à la domination c’est donc bien la Chine qui mène la danse ; grace à ses exceptionnels moyens économiques et politiques; et ces nouveaux colonialistes s’allient, au gré des opportunités, contre leur ennemi commun, la démocratie et son représentant le plus dangereux: l’Europe, en soutenant notamment ceux qui œuvrent en son sein à son échec.

Les autres retenant de son expérience l’essentiel, du moins pour leurs dirigeants: pas de contestation possible du pouvoir donc pas de démocratie; ni de liberté d’expression, de réunion ou de manifestation avec une presse muselée; tout ce qui ressemblerait à une critique du pouvoir étant criminalisé au nom de la protection de la Nation et du combat contre les tentatives d’asservissement culturels et politiques à des valeurs et intérêts « étrangers ».

Cette dernière thématique trouvant un écho certain sur bon nombre de personnes aussi bien en Europe, notamment en France, que dans les pays en souffrance; elles ont en commun soit de ne jamais avoir vécu sous une dictature soit d’être en connivence d’intérêts économiques ou idéologiques avec de tels regimes.

Et ce retentissement est d’autant plus fort chez les peuples du tiers monde que l’Occident leur a essentiellement démontré le peu de cas qu’il faisait de ces valeurs et principes lorsque ses intérêts commandaient de les ignorer.

C’est dire que la construction Européenne est la priorité absolue dans toute volonté de produire un nouveau modele de société car elle s’est fondée sur des principes à valeur universelle: la paix et le respect des droits et libertés des individus tels qu’ils figurent dans la Charte des Droits Fondamentaux de l’Union Europeenne qui reproduit et développe notre Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948.

C’est ce modèle de Démocratie économique et sociale, autrement nommé social-démocratie, terriblement imparfait comme toute construction humaine, donc toujours à corriger et améliorer qui est unique au monde, que les peuples du monde entier nous envient; vivre libre, croire ou non en un dieu, pratiquer la religion de son choix, bénéficier de soins et d’une éducation gratuits, être rémunéré correctement et protégé contre les abus des puissants, bénéficier d’un environnement sûr, participer librement au combat pour de justes causes; pouvoir défendre ses droits devant des Juges indépendants; voici des principes devenus réalités qui nous fédèrent et dont l’immense majorité des citoyens du monde désire bénéficier.

C’est seulement dans un tel cadre armé d’une éthique et économiquement puissant que ces valeurs pourront être défendues et partagées avec les peuples de notre planète pour lesquels il ne s’agit, trop souvent, que d’un rêve lointain; pour ceux qui douteraient de leur force et de leur attrait universels, écoutez encore les cris des manifestants de Tunisie, de Hong Kong, du Soudan, de la Syrie, de l’Irak, de l’Iran, de Beyrouth, de Minsk ou de Bangkok et de tant d’autres pays où des citoyens, toutes nationalités, origines ou religions confondues exigent le respect de leurs droits fondamentaux; y a t-il eu depuis 50 ans un seul mouvement populaire pour réclamer le renforcement d’un pouvoir civil ou religieux? Et si la Révolution Iranienne de 1979 a mis en place une République Islamique c’était il y a 40 ans et en réaction à un régime autocratique discrédité.

La seconde lourde menace qui guette les citoyens du monde réside dans les grands groupes industriels commerciaux et financiers qui dictent leur loi, celle du profit, et qui nous vendent leur progrès au détriment de tout: de la dignité et de la santé humaines comme de l’intégrité de notre planète terre.
Qui peut les contrôler, les réguler, leur imposer des normes respectueuses de notre santé et de la nature? Assurément une organisation dont la puissance soit à leur mesure, c’est à dire multinationale; sinon ce sera l’éternel combat du pot de terre contre le pot de fer; et ce qui est vrai pour des États comme les nôtres l’est incommensurablement plus pour la myriade d’états faibles et isolés qui peuplent notre planète.
Là encore l’espace Européen, dans le prolongement des institutions Onusiennes, est la seule entité à même de produire les normes nécessaires et de les faire respecter par la force de son économie et des valeurs qui l’animent dont ses exigences sociales et environnementales.

La perspective d’une Europe puissance est la seule à pouvoir relever les défis des temps présents et à venir, démocratique, économique, sociale, climatique, migratoire, sanitaire et à nous permettre de faire du rêve Prométhéen une réalité.

Un dessein juste et ferme

Les horizons crépusculaires que les cassandres et déclinologues nous prédisent à l’occasion de chaque crise ne sont que la projection de leurs faiblesses qui les conduisent à l’abandon au profit du tyran à moins qu’ils n’en soient d’ores et déjà leurs affidés.

La crise sanitaire que nous traversons doit au contraire constituer l’aube d’une nouvelle ère de responsabilité et de respect de l’autre car elle concerne toute la planete; puisse t’elle contribuer à faire basculer l’archaïque rapport de force en concurrence de vertu.

Il appartient aux peuples et singulièrement à ceux qui ont conquis leur liberté d’être conscients de leur immense privilège et donc de leur responsabilité d’accompagner ceux qui en sont privés vers son avènement qui passe par l’instauration de régimes démocratiques.

Les citoyens Européens et leurs dirigeants doivent porter cette mission historique, sans arrogance ou velléité dominatrice, mais
avec la détermination que donne un dessein ferme parce que juste.